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11 juillet 2008

la lettre de Quentin et Kelig

De Margarita a Trinidad...

Bonjour à tous,
Vous ne me connaissez pas, enfin si je crois que quelques uns vous ont déjà parlé de moi. Je suis la fameuse tortue verte sédentaire des Roques. J’ai eu le plaisir de rencontrer tout cet équipage en plongée il y a quelques semaines (ils ont même été jusqu’à partager de la citrouille avec moi). Je dois vous avouer qu’ils m’ont touché. J’ai donc eu envie de les suivre pour connaître les aventures qu’ils vont encore vivre, ça a l’air chouette, ça va me changer de mon quotidien !
1ère étape : je les suis de près, nous arrivons le 17 juin à Margarita, une île que je ne connais pas et eux non plus d’ailleurs. D’où je suis, Porlamar, la ville devant laquelle ils mouillent semble bizarre. Il y a des bateaux échoués, les pontons de la marina sont de travers, il y a des immeubles partout, à la fois en construction et en destruction. Pour tout dire, cette ville n’est pas très accueillante. A bien entendre ce que l’équipage se dit à travers les coques, je crois comprendre que leur principale activité ici seront des courses, car apparemment ils en ont marre de manger du riz pilaf au thon, aller voir les douanes, remplir les réservoirs d’eau et débarquer 3 membres de leur équipage (Morgane, Christophe et Michel) et en embarquer un autre, Félix. Pendant 4 jours, je les vois faire des allers retours incessants avec leur petit bateau à moteur. Ils partent avec des sacs à dos vides, des poubelles et reviennent avec des sacs à dos remplis de 1000 et 1 bonnes choses (fruits, légumes, yaourts, crème fraîche, viande, fromage…) ils ont l’air content de retrouver toutes ces gourmandises. Le 4ème jour, j’entends vibrer les coques. Tout l’équipage chante à tue-tête. Ils célèbrent le départ de leur 3 fidèles équipiers en chanson et accueillent dans le même temps le vieux sage à la longue barbe blanche qui restera parmi eux jusqu’à la fin de leurs aventures. C’est la fête, il y a de l’émotion dans l’air.
Les voilà 11 autour de la table en train d’organiser le départ aux îles Testigos. Nous allons y passer quelques jours, mais après il faut encore revenir à Margarita pour embarquer un dernier équipier venu tout droit de Marseille, Anthony. La navigation est encore mouvementée, j’ai du mal à les suivre car ils n’arrêtent pas de faire des zigzags. Si j’avais été toute seule, je serai aller tout droit, mais comme ils naviguent à la voile, ils sont obligés de suivre le vent et là, le vent il est dans le nez. L’équipier Ricardo lui aussi a lutté toute la nuit pour vaincre son infection carabinée au genou. Donc pour les féliciter de leur courage, au matin, j’ai appelé mes amis les dauphins pour les accueillir sur cette terre que je ne connais pas, mais il paraît que j’y ai plein de sœurs. C’est peut-être l’occasion pour moi d’agrandir ma famille.
Nous posons l’ancre devant une petite plage de pêcheurs. Cet endroit est très sympathique. Ça été l’occasion pour moi de retrouver des amis d’enfance, car juste à côté il y a une barrière de corail où mes soeurs vont se nourrir. Je passerai la plupart de mon temps là-bas. J’ai aperçu quelquefois le groupe partir à la rame sur la plage. Thomas et Quentin ont l’air d’être intéressés par la pêche. Apparemment ils ont rencontré un singe. Ils ont joué avec lui et l’ont même nourri. Mais ils disent que le plus triste c’est qu’il est attaché. Sur le bateau les jeunes et les grands sont actifs à copier les textes sur le cahier et sur l’ordinateur. Certains vont se baigner à la plage côté vent. C’est là que les tortues pondent et naissent. Apparemment un groupe a vu des bébés tortues luth. Ce sont mes cousins éloignés. Mais le problème c’est qu’il y a des oiseaux marins qui mangent ma progéniture. Pour vous donner une idée, ils sont surnommés les charognards des mers. Mes amis du bateau se sont battus contre eux et ce fut rude. .
On ne reste pas très longtemps aux Testigos, car le bateau doit partir chercher un nouvel équipier à Margarita. Cette nav, par contre, sera en ligne droite pour tout le monde. Une nav au grand largue. D’après ce que j’ai entendu, ce serait les jeunes responsables de ce parcours. Le vent est faible. Le groupe a l’air motivé pour hisser le spi (grande voile de toutes les couleurs), mais une fois le spi bien réglé, il se déchire avec 5 nœuds de vent. Ils n’ont vraiment pas de chance. Ils finiront avec le génois et la grand-voile.
J’entends l’ancre se poser sur le fond de sable de Porlamar. Il est 16h et déjà quelques uns partent encore avec des sacs à dos pour acheter quelques produits frais afin d’accueillir dignement autour d’un bon repas le nouvel équipier, Anthony qu’une délégation, triée sur le volet pour représenter au mieux les couleurs de l’association (Stevie, Amélia et Kélig), part chercher à l’aéroportEnsuite c’est rebelote. Les allers retours avec l’annexe, le supermarché, les taxis, internet. Les 5 garçons, Aurel, Thomas, Quentin, Ricardo et Stevie, s’amusent comme des petits fous avec la planche à voile. Il y a toujours quelqu’un dessus et même parfois, ils sont 3. Je vois la voile zigzaguer partout entre les bateaux au mouillage. Ils font beaucoup de progrès. Je les entends aussi s’énerver parce qu’il y en a toujours un qui pense que l’autre est resté plus longtemps que lui sur la planche. Ils retrouvent aussi un bateau Hollandais qu’ils avaient rencontrés aux Testigos, Isabelle, Hareke et Edith. Ils viennent manger au bateau et d’ailleurs, ce soir-là, 4 membres de l’équipage, Solène, Amélia, Félix et Kélig mettent bien du temps à revenir des courses. La nuit est déjà là et ça m’inquiète. Je comprendrai plus tard que le sac de Kélig a été volé au cybercafé avec son passeport à l’intérieur. Elle est un peu en émoi, mais finalement ça n’a pas l’air si grave. La solution est à l’ambassade de France à Trinidad paraît-il ! Désormais si je comprends bien, il faut attendre lundi pour faire les formalités de départ à la douane et à l’immigration. Alors en attendant « vamos à la playa », ça fait du bien à tout le monde de se défouler sur le sable. Moi, je les attends ici, parce que ça fait trop loin pour moi et puis, j’ai hâte de repartir pour les Testigos retrouver les jolis poissons, mes sisters les tortues… Lundi, il est 18h et ça y est, j’entends la chaîne qui bouge, on y va enfin… je commençais à avoir des algues qui me poussaient sur la carapace ici ! Je ne suis pas mécontente de quitter cet endroit, je ne pense pas y revenir, je ne me suis pas vraiment fait d’amis ici ! Cette nuit, c’est comme la dernière fois sauf qu’en plus, nous avons le courant face à nous. Alors, on peine, on peine, on peine ! Et quand le jour se lève, nous voyons les Testigos loin devant, mais elles ne se rapprochent pas très vite. Le bateau part vers le nord, puis complètement vers le sud. Je les suis, mais un moment c’est trop. Je les quitte et vais les attendre devant la petite plage comme la dernière fois. Le bateau arrive, il est presque 21h et je les entends chanter joyeux anniversaire tous ensemble pour leur équipière assurée Solène, toute heureuse d’avoir les petits cadeaux de l’équipage et ainsi que ceux de ses proches.
Après ce jour de fête, tout le monde a envie de profiter de la tranquillité de cette île. Certains plongent et d’autres profitent du bon vent pour progresser encore à la planche. Parfois dans la journée, je sens des tensions sur le bateau. J’en entends crier, parler fort, s’énerver, se bousculer. Moi j’aime pas ça. Je préfère les entendre chanter et rigoler. Je les entendus dire que c’est parce que bientôt, chacun va rentrer chez soi, dans sa famille, mais certains ne savent pas trop encore où ils vont aller. Alors forcément, ça angoisse et ça n’a pas l’air toujours facile à gérer !
Désormais tous les jours, je les entends faire beaucoup de remue-ménage. Ils sortent des outils qui font beaucoup de bruit. Ils grattent, les peintures sur le pont ainsi que les grandes algues sur la coque et moi j’aime, parce que ça me fait de bonnes gourmandises. Tous les jours, ils partent à la dune. C’est une grande montagne de sable sur laquelle ils aiment bien courir, glisser, faire des sauts. Il y a aussi des grosses vagues dans lesquelles ils aiment s’amuser. Ils scrutent tous les jours attentivement la plage à la recherche de bébés tortues en danger. Mais cette fois-ci, que nenni, mes petits cousins ne sortiront pas ou peut-être sont-ils déjà tous sortis ! Les pêcheurs du coin ont l’air de bien aimer aussi cet équipage. Ils leur ont donné 3 fois des bons et gros poissons. Vous auriez dû entendre comme ils étaient contents à bord. Contents aussi lorsque Aurel et Kélig ont organisé une chasse au trésor sur la plage. Apparemment, ils ont fait du théâtre, des jeux d’adresse, de mémoire, de réflexion… Ils étaient bien heureux de leur dernière journée, car même la nuit, la plupart de l’équipage est allée sur la plage, accompagnée de Babeth et André, voisins de mouillage, pour voir si les grosses tortues allaient venir pondre. Mais encore une fois, pas de chance, pas de tortues. Il ne reste que Thomas et Quentin qui y dormiront toute la nuit.
C’était donc la dernière journée. Demain, ils quittent les Testigos pour rejoindre Trinidad, la dernière étape de leur voyage. Moi, je ne peux plus les suivre, il faut que je retourne chez moi, aux îles Roques pour retrouver mes amis. J’étais bien contente de les connaître un peu plus. J’ai pu voir qu’ils vivaient des choses formidables, mais aussi que la vie tous ensemble n’est pas tous les jours faciles.
Dimanche 6 juillet, 20h, le catamaran blanc fendant la brise légère, toujours avec un cap incertain zigzaguant la grande bleue, met les voiles en direction de Trinidad. Je suis triste de les quitter, mais confiante quant au déroulement de leur dernière escale, escale où ils vont devenir Terriens, le bateau sortant de l’eau le 10 juillet à 9h…
Kélig et Quentin