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1 mars 2021

Des nouvelles !

 Bonjour à tous... 


Je vous transmets un message reçu par le téléphone satellite aujourd'hui... 

L'équipage a reçu le permis pour aller danser avec les baleines, ils sont donc aller mouiller au banc d'argent... et ont tous vu des baleines sous l'eau !

à bientôt pour les récits et photos !

 

Louise 

19 février 2021

Bonjour à tous,

Hisse et ho, nous quittons le Marin (en Martinique) et son rocher du Diamant, avec la bonne nouvelle d’avoir les deux moteurs qui vrombissent dans les coques. Tribord a repris du service, youpi. C’est quand même plus équilibré comme motorisation.
On hisse la grand-voile un peu réduite car il y a du vent. Notre groupe aussi a comme du vent dans les voiles. Durant cette navigation entre la Martinique et la République Dominicaine, l’équipage est comme lavé, tout neuf, avec l’envie d’avancer ! Youpi de nouveau !!

 On est tous sur le pont, parés à la manœuvre ou travaillant à la découverte du monde qui nous entoure avec des exposés sur les baleines à dents, celles à fanon, les coraux, les étoiles ou l’apnéologie. Hum, ça sent « el Banco de la Plata » tout ça (un parc naturel en pleine mer où viennent se reproduire les baleines à bosses.)
Nous naviguerons 3 jours, avec presque 200 milles nautiques avalés en moyenne chaque jour, quelques kg de pâtes, de lentilles, de patates, des exercices d’espagnol en dessert, une lecture collective au goûter, peu de buts marqués ( pas de malade en mer), des quarts de nuit tout en étoiles. Nous voici arrivés au large de la baie de Samana, et là, que voyons-nous : una ballena ! Notre premier saut de baleine à peu près à 500m du bateau. C’est excitant !!

Au final, c’est Maxime qui a calculé au plus près le temps que durerait la navigation, suivi de près par Théo au pronostic optimiste. Nous mouillons une première fois à Cayo Levantado, petit îlot au sable blanc. On voit les côtes de la République Dominicaine : c’est tout vert, tout plein de cocotiers et ça fait plaisir. Y’a quelques touristes mais pas autant que d’habitude. On imaginait que la Rep Dom, étant une des seules destinations touristiques possibles en ces temps de Covid, ce serait bondé, eh bien pas du tout... On y fait une plongée, nous voyons coquillages et poissons coralliens, nous mangeons des homards au barbecue ... euh non, que disons-nous, ... reprenons. On parlait de plongée, eh bien pour tout vous dire, avec Kylian on pense que la plus belle descente est celle que l’on fait au fond de soi-même. On en discute un moment ensemble car il a frôlé la syncope de près pendant l’escale Guyane ( aisse de moral) mais il a réussi à remonter à la surface, ouf !! Théo continue à plonger avec aisance, Maxime participe avec joie à chaque plongée, Maylou, poisson dans l’eau, est dans son élément, Tanaé et Ewen s’entrainent pour aller chercher des coquillages ( véritables trésors ) au fond de l’eau, Sydney arrive à décompresser, et Kylian dit au revoir à son otite ... C’est prometteur tout ça !!
Aujourd’hui nous sommes à Santa Barbara de Samana, dans la ville où tout va très vite : les motos, les voitures, les gens, la musique qui sort plein pot de hauts parleurs... Ici ça bouge !
On va voir le Musée de la Baleine, Christophe nous guide entre les fanons de ces mysticètes juste après que Maylou, Ewen et Ismaël nous ont présenté leur exposé sur ces Léviathans des mers. 



D’ailleurs, « Comment tu te sens avant d’aller nager avec les plus grands mammifères marins ?»
Maxime : «  Je me sens enjoué et excité de pouvoir nager avec des baleines. Ça n’arrivera surement qu’une fois dans ma vie ».
Lola : « C’est  dingo d’être en chemin pour revivre ces rencontres cétaciennes. De se dire qu’on va partager ça tous ensemble, qu’on va s’émerveiller, c’est comme si on rentrait dans un nouveau monde, celui des baleines à bosse. »
Maylou : «  Je suis contente d’arriver à cette période idyllique du voyage et de pouvoir rencontrer ce majestueux mammifère dans cette immensité bleutée qu’est l’océan ».
Théo : «  Je suis trop pressé, c’est trop bien, c’est un rêve en vrai ! Y’a plein de monde qui rêverait être à ma place. Alors moi je rêve d’être à ma place ! »
Sydney : «  Je me rends compte de la chance qu’on a mais je ne réalise pas »
Tanaé : «  Je suis contente d’aller nager avec les baleines à bosse dans deux jours. Je crois quand même que j’ai un peu peur. »
Christophe : «  Je me sens dans l’attente (pas de camping) , mais avec ces histoires administratives, je me surprends à grincer des dents !».
Sébastien : «  Je me sens serein et impatient de retrouver cette sensation de glisser sur le Banc d’Argent une fois encore. »
Ewen : «  Je me sens content, je suis heureux. Je n’ai pas peur. C’est trop compliqué vos questions, moi je ne sais pas, je ne suis même pas là-bas ! »
Kylian : « Je suis vraiment bouche-bée à l’idée de savoir que je vais pouvoir plonger avec les plus grands des cétacés. J’ai hâte d’y être. »
Morgane : « Eh bien je ressens de la joie... ça pétille au fond de moi de retrouver ces géants des mers. A ce moment du voyage je ressens aussi l’envie que chaque personne avec qui je vis ait l’élan d’aider, d’amener de la légèreté et du plaisir au quotidien. ça serait bon car je crois que ça y est, on peut y arriver, le paradis sur mer est tout proche... »
Ismaël : « Je me sens tout petit devant cette immense impatience. »
En ce moment même Christophe est au bureau du Médio ambiente pour récupérer (on l’espère) le permis qui nous permettra de lever l’ancre demain ( jeudi 18) pour le Banc d’Argent. Si c’est le cas, il nous restera à faire le plein d’ananas, de farine, d’oranges, de poivrons, choux et autres papayes. « Du flan de leche, et du chocolat quand même !! » me dit Kylian. Mettre de l’eau dans les réservoirs, et on sera prêts pour le départ.
Mais pour l’instant, on attend et on travaille, il pleut cet après-midi sur Samana, je m’amuse à une petite interview sauvage pour vous... avec ceux qui sont disponibles.
« Et là, juste maintenant, tu penses à quoi, toi ? »
Maylou : «  J’ai du mal à digérer le bouquin sur le totalitarisme et le fascisme; ça fait mal à l’humanité de voir comment certaines personnes sont exaltées et heureuses d’être dirigées et contrôlées car ils se sentent appartenir à quelque chose, et être égaux aux autres. »
Ewen : « J’ai envie de manger mon goûter »
Kylian : «  Là je suis dans la découpe de l’ananas, je pense à ce que je dois faire. »
Sydney : «  J’aimerais écrire, mais je n’y arrive pas. J’aimerais écrire mon imaginaire, ce que je ressens. c’est comme un mélange de toutes les émotions : de la joie, de la tristesse, de la colère, du bonheur, de l’incompréhension !! »
Tanaé : « Je pense que j’ai hâte d’aller sur l’île pour faire des jeux et la chasse au flacon ( trouver des bouteilles et des graines dans les déchets déposés par la mer).
Théo : « J’ai mal à la tête, là, tout de suite, mais autrement je pense beaucoup aux gens proches qui sont chez moi, ma famille, mes amis. Et j’ai grave envie de vivre les baleines avec l’équipage »
Lola : «  Il est très bon ce chocolat ! J’aimerais bien avoir du temps pour faire des jeux. »
Maxime : «  Eh bien moi je pense que je suis fier d’avoir travaillé sur la carte marine. Et je pense aussi aux baleines. »
Voilà pour nous...Il paraît que chez vous il neige beaucoup et que c’est les vacances.
On vous fait de gros bisous de l’autre côté de l’océan, vous l’entendez la bise qui vient du sud-ouest… ? Elle est juste là, maintenant.
A bient’eau.
Kylian et Morgane.

 


 

 

 

 

 

PS: finalement pas de permis aujourd'hui, donc pas de départ et pas de baleine, il va sûrement falloir faire intervenir quelqu'un de l'Ambassade de France car les personnes en charge depuis peu disent ne pas nous connaître... Quelques jours de plus dans la baie de Samana.







11 février 2021

Des nouvelles... de Théo et Ismaël !

 Lettre collective : la Dominique

Après une semaine de quarantaine, nous décrochons le pavillon jaune, nous sommes libres !
Nous aurons seulement dix jours pour vivre cette escale à fond !!!



Alors sans attendre notre équipage se divise et part à la découverte de l’île Nature.

Le premier jour, une grande majorité du groupe va faire une baignade-bivouac à la marmite de Chaudière pool. Tout le monde a adoré. L’endroit est une véritable aire de jeu, super, il y a tout réuni dans une même cascade, on peut sauter, glisser, plonger, faire du toboggan, nager. Il ne manquait que l’eau chaude dans la chaudière.

Seuls Maxime, Lola et Maylou, pressés, iront directos rejoindre St-Cyr pour une rando "cassava" chez les amis de Lola rencontrés il y a deux ans. La rando se transformera plus tard en rando découverte-aventure à l’immense cascade de Victoria fall. 



Une rando unique pour Max, un partage agréable avec ses compagnons pour Lola, une aventure confortable, douce et pleine de rigolade pour Maylou.

Toujours aussi pleine de rencontres et de surprises cette Dominique !!!

La petite rando de Tanaé, Théo et Morgane est passée vite, en trois jours à peine, ils ont découvert le stop la tête à l’air sur camion de chantier, la cascade de Crayfish river qui se jette dans la mer, et ont pu apprécier le rire de notre amie de longue date : Genette. Mais aussi les calebasses avec Geno, les boules de cacao avec la famille Tyson, les chatouilles avec « Edjo ».
Ils concluront par une devinette : « Qu’est-ce qui est beau, qui monte et qui descend ? »
La réponse est dans le titre…

La Dominique c’est la rencontre avec les Tyson pour Sydney et Ewen, des retrouvailles de bons amis pour Séb.
C’est touchant comme accueil, tant d’enthousiasme et de générosité : « My home is your home » diront les Tyson.
La « good vibes » en Dominique c’est magique, ça marche ! Mais la marche c’est pas toujours facile, dira Sydney.

C’était une rando « good vibes » pour Morgane, Théo et Sydney, ils ont fait de belles rencontres, pleines de générosité. Ils ont participé aux activités quotidiennes des Indiens Caraïbes. Ils ont gimpé, descendu des pentes vertigineuses, fait de la tyrolienne et ils sont même allés voir le plus grand lac bouillant du monde sous des cascades de pluie…
« Entre repos et sport intensif, la Dominique nous a séduits. »

Isma, Tanaé et Ewen, partis dans une seconde expédition pour quatre jours, se souviendront longtemps des baignades dans les eaux chaudes des volcans, sulfureuses, parfois bullantes, puantes ou bouillonnantes (6 minutes pour les œufs mollets). Une belle aventure au rythme des baignades, des fruits, des rires, des graines colorées, des gens sympas et parfois trop « carefull » à leur goût, des jeux de grand chemin ou de rando dans la « descente de la mort ». Un joli tour des copains dominiquais.



Pour Kylian, qui a vécu l’escale en rando écourtée avec Isma, ou de loin au bateau avec Christophe, ç’a été une escale où il a vécu plein d’émotions. La super rencontre de Norman et Gretta, les amis d’Ismaël, mais aussi de bons coups de blues, dans sa bulle, en décrochage. Bonne nouvelle, il a survécu.

Christophe, en rando « maquette », reste au bateau, où il rencontrera Christophe en personne...

Et voilà, nos dix jours en Dominique sont passés vite, comme un rêve : court, intense, intemporel, extraordinaire, coloré…

Avant de partir, nous avons organisé une petite nav’ avec Genette, sa famille et monsieur et madame Tyson. Un beau moment de rencontre, d’échanges et de partage pour tout l’équipage, avec une sortie à la voile dans la baie.
En fin de journée, tous nos amis sont repartis dans un tourbillon de pluie. 



Dimanche 7 février, on met les voiles pour la Martinique. Et pourquoi on part si vite ?
Une petite navigation mouill-et-ventée et nous voilà déjà de retour au Marin, en attente de notre inverseur, que le mécano n’a pas réparé, mais qu’il va faire aujourd’hui !
Nous espérons qu’au moment où vous lirez ces lignes, nous serons déjà loin, en route pour la République Dominicaine et les baleines…



Théo et Ismaël.


29 janvier 2021

Des nouvelles de la Dominique, par Seb et Ewen

Bonjour à tous,

Nous vous écrivons du mouillage devant Portsmouth. Pour arriver jusqu’à aujourd’hui, jusqu’en Dominique, il a eu deux départs, deux navigations, deux arrivées. Il y a eu 4 quarts de nuit, mais aussi 772 milles parcourus, deux belles plongées, pas mal de massages, de la patience, de l’adaptation, des pétages de plomb, des discussions, des explications, de la maintenance bateau, une quarantaine,…

Tout d’abord nous décollons de la Guyane après ce mouillage devant Awala. Un mélange étonnant au goût doux de fleuve avec un courant très fort et couleur marron, et un univers marin avec le vent de l’Atlantique sur le pont…

Nous rêvions depuis ces quelques derniers jours d’eau bleue, d’horizon infini, de la houle, de la mer qui vit. La réalité est bien là, c’est la bonne couleur et ça bouge beaucoup, la houle est croisée et le bateau file à belle allure au bon plein. Le Gégé (premier nom qui a été donné au Grandeur Nature en hommage à une personne qui avait participé à sa construction) trace et l’équipage subit. Beaucoup d’entre nous sont malades et la reprise est dure.

 

 Voici les quelques réactions à froid de l’équipage :

Ewen : « j’ai bien aimé aller vite et voir les dauphins et les fous. C’était joli de les voir plonger près du bateau. »

Christophe : « j’ai aimé cette navigation, elle était rapide, sauf que mes draps étaient trop humides. »

Séb : « on n’a pas réussi à battre le record de distance. On n’a fait max que 224 milles en 24h. Elle était très occupée, « souciante » ».

Lola : « une nav mouvementée. Mon corps m’a trop lâchée avec le mal de mer. J’ai aimé retrouver la sensation d’avancer à la voile et l’eau bleue. »

Théo : « le premier jour, j’ai été malade. Sinon, on sentait bien la vitesse, c’était super de se baigner dans l’eau bleue. »

Kylian : « nav’ sportive où j’ai découvert le mal de mer. C’était mon premier vomi. »

Sydney : « j’ai réussi à combattre le mal de mer et garder la bonne humeur, et aider les gens malades. »

Maylou : « déconcertante, dans le mal de mer. J’avais la tête avec des gens qui n’existent pas ou encore en France. C’était beau comment ceux qui allaient bien se sont impliqués. Super contente de retrouver la terre et les oiseaux marins. J’ai compris en arrivant en Martinique que sur la terre on est moins libre qu’en mer. » 

Maxime : « j’étais beaucoup plus fatigué, par rapport aux autres navigations qui étaient courtes. »

Ismaël : « BURP, tape cul… c’est la première fois que je vole littéralement en dormant tellement on avançait vite. »

Morgane : « j’ai aimé la chanson de la mouette « moumou », l’énergie de Séb et Christophe. J’ai aimé ma renaissance du 3ème jour. »

Tanaé : «  je n’ai pas aimé être malade et avoir le mal de mer. Par contre les fous devant le bateau c’était très beau, les dauphins aussi. J’ai aimé la guitare avec Ismaël et Lola. »

Après trois jours de navigation, nous voilà rendus sur la Martinique. Ce choix a été fait tout d’abord pour tenter de régler le problème du moteur en trouvant un mécano qu’on nous a conseillé, puis pour faire le test PCR COVID et repartir rapidement vers la Dominique en ayant peut-être une chance d’y rester.

C’est une escale de 6 jours, entre mouillage sympathique ou presque et mouillage en pleine ville… une ville de mâts, zone surchargée de bateaux, peut-être 1500 navires réunis qui attendent des jours meilleurs, l’ouverture des frontières des autres pays…Ça fait peur… Une belle rencontre avec Sarah et son bateau crêpes, trois courses.

Le paysage de la Dominique est sous nos yeux depuis 6 jours maintenant.

 

D’après les autorités portuaires, nous sommes le premier bateau qui essaie de rentrer depuis bien longtemps. Pas peu fiers de cela, nous avons encaissé les difficultés d’organisation, de communication, accepté la quarantaine de 5 jours et nous sommes maintenant prêts pour d’autres aventures croustillantes… Tout est clair : tests négatifs, douanes faites, taxes payées. Nous sommes libres de circuler où nous voulons sur le territoire, pour voir nos amis, découvrir des cascades, apprendre de l’artisanat, parler anglais... 

 

 


On vous souhaite une belle année 2021, quelque chose d’innovant, où vous trouverez l’élan de vie, l’ouverture d’esprit. 

Vous en saurez plus à la prochaine lettre collective...

Séb et Ewen

 


7 janvier 2021

nouvelles de Guyane Lola et Tanaé


« - Des nouvelles de Grandeur Nature ? 

- Il paraît qu’ils vous souhaitent un Joyeux Noël et une Bonne Année !

- Merci ! Mais encore ?

- Ah, pour eux, ce n’était pas une fin d’année banale !

- On veut tout savoir ! 

- Très bien, alors écoutez-bien notre reportage spécial. »


Pour Grandeur Nature, la fin d’année est un véritable cocktail de missions diverses, marqué par l’arrivée d’Ismaël qui fera partie de l’équipage pendant 4 mois. Ils sont maintenant 14 à bord d’un catamaran, en Guyane depuis une dizaine de jours, et ne cessent de vivre d’incroyables expériences. La plupart ont quitté le catamaran et ont installé leurs hamacs à l’ADNG : l’Association pour la Découverte de la Nature en Guyane. Et pour s’y rendre, ils n’ont pas emprunté n’importe quel chemin ! Non non non, ils ont emprunté des bras de rivières et des dédales de criques, ont amarré leur gros bateau à la mangrove puis ont rejoint le petit ponton de l’ADNG grâce à leurs annexes et kayaks.

Tanaé nous propose une brève description de ce lieu singulier :

- C’est un terrain, une clairière dans la forêt avec des carbets pour la vie quotidienne et plein d’arbres. Il y a une crique et une mangrove un peu spéciale avec des palétuviers. Ils organisent des camps en pleine nature.

 

Pendant ces quelques jours à l’ADNG, Lola s’est littéralement transformée en animatrice de camp nature pour des enfants de 8 à 12 ans. Elle se confie :

- J’ai eu l’occasion de créer un spectacle de cirque, de rendre visite aux ibis rouges des rizières de Mana, d’organiser une chasse au trésor, un feu de camp et une boum. J’ai aimé partager cette expérience avec l’équipe d’animation de l’ADNG ainsi qu’avec Maylou et Théo.

Théo, qui a été plongé pendant deux jours au cœur de la vie d’animateur, se confie :

- J’ai bien aimé vivre cette expérience d’animateur avec des personnes compétentes.


Deux membres de l’équipage faisaient carrément partie de la bande de lutins de la forêt, à qui a fait appel le légendaire Tchipayouk, un mystérieux personnage de la forêt. En gros, ils ont participé au camp. Voici le témoignage de l’un d’entre eux nommé Ewen :

 - C’était très bien, j’ai beaucoup aimé aller à la mangrove et aux rizières de Mana.

Il parait même que Morgane a été l’acolyte intendance et cuisine de Josy et Jonathan durant le camp, c’était un vrai travail d’équipe ce camp !

Séb, Ben, Théo, Max et Maylou sont devenus pendant ce temps des spécialistes du bricolage et du chantier. Ben nous résume cette expérience en quelques mots : « Créer, aider, partager, faire ensemble, les pieds dans la boue ». Munis de bottes et de shorts de bain, ils ont construit une terrasse et un ponton pour l’un des carbets de l’ADNG. Les pieds sur terre ou dans la boue, c’est du travail d’équipe, en même temps, équipage un jour, équipage toujours, c’est bien connu !


 


Enfin, Christophe, Ismaël et Kylian ont gardé le bateau qui était amarré dans la mangrove. Et entre deux sorties nocturnes en kayak et des expéditions à Javouhey, ils ont réussi à se rendre à Mana pour récupérer le passeport tout neuf de Kylian et les pièces d’un moteur bien capricieux.


Océane et Sydney, elles, sont parties en binôme en direction d’Awala, dans le village de Mirna, la belle-fille de Cédric et Josy, qui travaillent à l’ADNG.

- Une belle découverte de la culture amérindienne à travers le quotidien d’une famille d’agriculteurs, plein de traditions ancestrales que les habitants d’Awala ont pris plaisir à nous raconter, raconte Océane.

- J’ai aimé découvrir les cultures amérindiennes, écouter les personnes raconter leur histoire, découvrir le village, l’ambiance, tout ça, renchérit Sydney.




Après ces quatre jours intenses, ils se sont retrouvés pour fêter Noël. Ils ont dansé la valse comme des fous sous un carbet, se sont offerts des cadeaux originaux et se sont régalés d’un repas (qui s’est terminé par 6 desserts !) pour lequel ils avaient tous mis les mains à la pâte, aidés de Josy qu’il n’arrivaient plus à stopper dans son élan de cuisinière effrénée. 

- J’ai trouvé chouette ce Noël dans la bonne humeur, et ces sourires que font la nouvelle famille Grandeur Nature, nous confie Maylou.

Les Grandeurs Naturiens se sont séparés le 27 décembre, après avoir souhaité Joyeux anniversaire à Morgane la veille. Un groupe est resté à l’ADNG, rejoint par des amis naturalistes d’Ismaël, et, accompagnés de Cédric, ils ont enchaîné les bivouacs en pleine forêt. Voici un extrait des aventures, du point de vue de Kylian : « J’étais en forêt pour des sorties « aux yeux », où j’ai vu pas mal d’animaux que j’avais jamais vus, comme un boa de Cook, plein de caïmans, un félin, pas mal d’araignées, un opossum, des grenouilles, une tortue, tout un monde que je n’aurais pas vu de jour ».


 


Pendant que ceux-ci cotoyaient les bébêtes et la boue de la jungle, d’autres cotoyaient les enfants du fleuve. Je dirais même plus, ils ont sacrément joué : cirque, grands jeux, bulles, Kapla, foot. Ils ont rencontré plus d’une centaine d’enfants dans 4 villages différents : Saint-Jean, Pimpin, Bastien et La Forestière, pour des instants de partage, d’explosions de rire et d’émerveillement. Et aussi un instant d’échouage sur un banc de sable, mais sans dommages ! Maxime nous raconte un brin de la dernière escale dans le village de Madoché, l’un des animateurs de l’ADNG : 

- J’ai bien aimé retrouver Madoché et passer un repas avec lui, et aussi jouer au foot avec les enfants du village.

L’équipage se réunit le 31 décembre à Maïman, juste le temps de changer d’année, de groupe et de paires de chaussettes. Et c’est parti pour de nouveaux périples ! Quel dynamisme chez les Grandeur Naturiens ! 

Cette fois-ci, certains sont partis vers Apatou, à la recherche d’une institutrice qui répond au nom de Julie. C’est Morgane qui nous parle de cette randonnée :

- J’ai beaucoup aimé aller sur le saut Hermina : une île déserte, entourée de rapides. Jouer avec Tanaé, Ewen et Séb sur les traces des Amérindiens d’il y a longtemps.

Pendant ce temps, Sydney, Max, Ben et Isma ont carrément embarqué sur un petit dériveur à voile de 5 mètres environ. Il avait été retapé quelques jours avant le séjour à l’ADNG par certains membres de l’équipage au club de voile de Vent d’Ouest. Ils ont navigué jusqu’à Coswin !

 -Quelle aventure pleine de découvertes des petits recoins du fleuve et de mes co-aventuriers, c’était magnifique !, s’exclame Ismaël.

Il ne restait plus que six membres de l’équipage à bord du catamaran pour ramener le bateau à Saint-Laurent du Maroni, toujours en pointillant leur trajet de rencontres, jeux et animations avec les habitants et de nombreux enfants des villages. Ils sont passés à Patience, à Sparouïne, et ont retrouvé Julien (un instituteur rencontré au dernier voyage) à Pimpin avant un dernier arrêt à Saint-Jean. Christophe s’exprime au sujet de ces 4 jours :

- C’était super, on a joué avec plein d’enfants, il y avait une bonne ambiance, on ne s’est pas échoués. C’est plus facile de descendre que de remonter.

Le 5 janvier, c’est enfin les grandes retrouvailles avant un départ pour les Antilles prévu en fin de semaine. Juste quelques jours où l’équipage doit trouver le temps de remplir le bateau, faire des lessives, finir le chantier à l’ADNG, d’aller danser l’Awassa avec André, un musicien de Pimpin, de visiter un Fablab, de réparer un inverseur capricieux, de rencontrer le grand navigateur breton qui a traversé l’Atlantique à la voile et de remonter avec le bateau jusqu’à Awala, avec toute la troupe de circassiens, où ils diront au revoir à Océane et Ben ainsi qu’à l’eau douce et marron du fleuve Maroni pour repartir vers la mer bleue. 

Pour conclure ce reportage, nous avons posé la question suivante à chaque membre de l’équipage : quel souvenir te laisse la Guyane ?

 - Elle me laisse le souvenir de la mangrove, du cirque, de l’ADNG, des sorties de nuit, de la remontée du fleuve, des randonnées, puis la jungle incroyable, la jungle guyanaise, confie Tanaé

- Plein de beaux souvenirs naturalistes, des amitiés perdues ou retrouvées, le départ à l’aventure pour moi avec Grandeur Nature, la rencontre d’un équipage qui apprend à se donner la main, raconte Isma.

- Surtout toute la verdure et ces nombreuses plantes différentes, ce qui va avec l’humidité, dit Océane.

- Des relations qui ont du sens, des gens qui ont envie et sont passionnés, des cultures accueillantes et différentes, nous partage Ben.

- La Guyane c’est fourmidable, plutôt de la couleur rouge. J’ai beaucoup aimé polir les cailloux sur les polissoirs du saut Hermina, rétorque Séb.

- La Guyane m’a laissé  un souvenir plutôt verdoyant, accueillant et plein d’opportunité, affirme Maylou.

- Les personnes, leurs histoires, les cultures, les villages, les enfants, la gentillesse des gens en général et aussi la jungle, réplique Sydney.

- La Guyane m’a laissé plein de découvertes, comme une petite partie de la jungle amazonienne. Plein de rencontres dans les petits villages reculés en haut du fleuve. J’ai aimé voir sourire tous ces enfants, assure Kylian.

- Toujours ce côté riche en rencontres. J’ai beaucoup aimé vivre à terre, retrouver les arbres et la légèreté des randos. La Guyane c’est fourmidable, dur, chaud et vivant, nous dit Morgane.

- Comme je m’y attendais, c’est passé trop vite, j’ai l’impression que ça ne fait que deux semaines qu’on est là. J’adore le fleuve, même si je n’aime pas l’eau marron, mais j’aime les gens qu’on a rencontrés ici, exprime Christophe.

- J’ai aimé voir un paresseux et me baigner dans la crique avec Jocelyne, confie Ewen.

- L’ADNG, quand j’ai fait des travaux et quand on a fait Noël. D’être venus sur le Maroni en bateau, explique Maxime.

- D’avoir pu apprendre à connaître plein de choses avec les amis naturalistes d’Ismaël, d’avoir appris à connaître plein de gens dans les villages, rajoute Théo.

- Guyane aux rythmes dansants et enivrants de l’Awassa. Immensité et densité de la jungle et ses mystères. Rencontres éphémères mais qui remplissent de joie et d’ouverture, conclut Lola.



Tanaé et Lola.

 

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22 décembre 2020

Lettre collective de Guyane... par Sydney

 

Hello tout le monde,

Le 4 décembre nous sommes bien arrivés à Saint Laurent du Maroni et nous commençons l’escale par le ravitaillement du bateau. Les premiers jours nous serons tous ensemble et pendant la journée quelques personnes iront à Latitude Cirque. Après, Océane et Théo partiront une semaine à Sinnamary, aller chercher Ismaël qui rejoindra le bateau très prochainement. Pendant cela le reste de l’équipage sera divisé en plusieurs groupes, selon les choses à faire et les envies de chacun. Quelques groupes de deux ou trois alterneront pour aller à l’ADNG ( Association pour la Découverte de Nature en Guyane) pour faire des travaux, d’autres de quatre ou cinq alterneront pour aller à Saint Jean du Maroni échanger avec les enfants de l’école primaire. Et pour ceux qui restent au bateau, certains continueront les cours de cirque à St Laurent.

 

« Le lapin » à Gilles ! (cette fois il nous l’a posé!)

Arrivés ici, nous avons appris par Lola que Gilles n’était plus, sa maison avait brûlé et lui avec. 

Plusieurs versions circulent sur cet événement: incendie volontaire, suicide au gaz, règlement de compte, accident… Depuis nous avons croisé plusieurs personnes qui nous ont donné des petits bouts de l’histoire.

Par exemple, j’ai croisé ses voisins: Enzo et son père, distants d’une centaine de mètres, ils ont entendu une grande explosion, le matin ils avaient croisé Gilles qui était venu échanger des livres et il allait bien.

Yann (du cirque) l’avait croisé la veille, ils avaient parlé de notre venue, que Gilles attendait avec impatience, mais il s’était brûlé en foutant le feu pour nettoyer son terrain… 

Un ancien jeune du cirque, qui était ami avec Gilles, lui a aussi dit qu’il planquait chez lui des « explosifs »!

Bref, la version la plus probable est qu’il ait mis le feu accidentellement à sa maison et que ses bouteilles de gaz et les « explosifs cachés » chez lui aient tout fait péter!

Depuis 10 jours que nous sommes là, je m’attends à voir la silhouette de Gilles apparaître sur le ponton flottant et nous faire signe de venir le chercher. C’est étrange d’être ici et que lui ne soit plus là pour nous guider à la rencontre d’autres « incos » comme lui. Je revois son sourire chaque fois qu’il venait à bord, son côté espiègle, c’est le souvenir que je garde de lui. Chez moi les nombreux cadeaux qu’il m’a faits décorent ma maison, souvenirs aussi de sa générosité!

Christophe.

Ce qui a marqué Ben c’est les gens en général, la mort de Gilles, Christine qui est retournée en France, des nouvelles rencontres hyper intéressantes ( Mado, Jonathan, Roberto, Killian, Lucile).


L’épave

Notre bateau est amarré à une bouée qui est située derrière une épave, envahie par la végétation. Cette dernière est très connue, elle se nomme l’Édith Cavell. Ce bateau quitte Cayenne le 27 novembre 1924 et arrive le lendemain au fleuve du Maroni. Deux jours après, voulant accoster le quai (qui n’existe plus) à St Laurent le bateau s’échoue sur un banc de sable qui le fait stopper net. De nombreux travaux sont mis en place pour le sauver mais néanmoins l’Édith Cavell se brise en deux le 30 décembre. 

 

Le nom en lui-même d’ Édith Cavell était celui d’une espionne anglaise qui a été tuée par les Allemands durant la première guerre mondiale, la cause de sa mort est son glorieux courage, d’avoir aidé des soldats belges à quitter la Belgique pour les Pays-Bas. Elle fut dénoncée et condamnée à mort. 

 

Le Cirque

On rencontre Yann, le directeur de l’école de cirque qui se nomme “Latitude Cirque” et Joël un jeune circassien. Cette école ressemble à un hangar sans mur, une grange remplie d’agrès de gym. Ils nous ont appris différentes disciplines : les aériens (trapèze, tissu, corde lisse); les équilibres sur les mains; le jonglage (massues, balles); l’équilibre sur objets (monocycle, boule, fils); l’acrobatie (trampoline, porter); les jeux d’acteurs et le mât chinois. 

Dès l’échauffement nous dégoulinons, transpirons et notre petit rituel est de rentrer sous la pluie, bien rincés. 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

Lola est contente que nous soyons enfin arrivés, elle a pris plaisir à partager le cirque avec nous et elle espère continuer comme ça.

Ce qui a marqué Kylian c’est son arrivée en pleine jungle à l’ADNG.

 

L’ADNG

Ce lieu est une Association pour la Découverte de la Nature en Guyane. C’est un camp caché en pleine forêt, c’est apaisant, paisible et agréable. Les personnes que l’on y rencontre sont très intéressantes par leurs histoires. Ces séjours se composent de petits travaux comme réparer le ponton de la crique, vérifier l’évacuation des éviers, nettoyer le site, ranger le bunker, réparer les fuites … 

Nous dormons dans des carbets, ce qui s’apparente à une cabane en bois sans murs, où l’on peut mettre nos hamacs. Il y en a d’autres qui servent à diverses choses. 

Maylou, ce qu’elle a le plus apprécié c’est l’histoire et les miracles des gens qu’elle a pu rencontrer.

 

Le Bagne

À Saint-Laurent-du-Maroni, juste à côté de l’endroit où l’on mouille, se trouve le camp de transportation du bagne. Nous l’avons visité avec l’aide d’un guide. 

 

Le bagne est une page importante de l’histoire Française pas toujours glorieuse. Il représente l’univers pénitencier de la Guyane où furent déportés ou relégués 70 000 détenus.

Nous apprenons que les bagnards, initialement condamnés pour racheter leur peine, étaient en réalité exploités, torturés, mal traités, malmenés et parfois condamnés à la peine de mort. Beaucoup mouraient de maladies et d’épuisement comme en témoignent Papillon ( Henri Charrière) ou Albert Londres dans leurs récits sur le bagne. Rares étaient ceux qui revenaient de ce véritable mouroir. 

La Guyane, c’est pas le bagne. Mais ça secoue quand même, quel cirque ! Une fois la première semaine d’adaptation et d’organisation passée, une fois le groupe reparti en sous-groupes pour diverses randos, à partir de là c’est génial ! La Guyane si vivante d’enfants, de projets, de cultures différentes, j’adore! Morgane. 

 

Saint-Jean

Saint-Jean-du-Maroni est un village bushinengué construit autour d’un camp militaire. Dans ce camp militaire ils chantonnent la Marseillaise deux à trois fois par jour. Il y a une centaine de familles (qui viennent principalement de la Métropole), des jeunes du coin en “découverte” et un groupe d’engagés en lutte contre l’orpaillage. 

Saint-Jean c’est quelques métro qui vivent sur une barge ou un bateau. Et surtout c’est un tas d’enfants djuka qui sont vivants, curieux de notre présence et qui se rappelaient de nous et de notre passage en bateau il y a 2 ans! Nous y avons retrouvé Chloé une animatrice de quartier qui nous a introduits dans les activités péri-scolaires.

Nous avons goûté à la danse traditionnelle d’Awasa, au fablab, à la confection de mini pirogues et de paniers. 

Tanaé a bien aimé aller à l’école avec Ewen et Maylou. Faire avec les autres. Elle a aimé aller dans le cimetière des relégués, couper du bambou, camper en hamac, jouer avec Joy, Jonas, Ilan, Ewen et les autres enfants. Elle a aussi aimé courir sous la pluie pour vite rentrer au campement, se baigner, aller à l’épicerie. Bref elle a aimé un tas de choses. 

Ewen a adoré aller à Saint-Jean et jouer avec ses copains bushinengués, Ilan et Jonas. Il a adoré aller aux deux écoles, vivre une bonne ambiance et le plaisir de travailler. 


Ce qui a marqué Maxime : c’est qu’il n’a toujours pas vu de serpent. 

 

Randonnée Théo et Océane


Ils ont quitté le groupe pour aller à Sinnamary et Kourou rejoindre Ismaël et ses amis naturalistes. Des balades en forêt, des observations (ara rouge, caïman à lunette, tatou, tamandua), des soirées au coin du feu et des nuits en carbet, des matins de foot et de nombreuses rencontres. 

Durant cette randonnée Théo a appris beaucoup de choses sur la nature.

Océane adore la nature d’ici, si dense et verdoyante.

 

Conclusion

Pour conclure ces dix premiers jours, nous nous retrouvons tous au bateau à Saint Laurent avant de repartir pour d’autres aventures. Nous espérons que la météo gardera toute sa clémence, malgré la saison des pluies dans laquelle nous nous trouvons. 

« Les moteurs d’un bateau, je trouve que c’est mieux quand ils fonctionnent tout seuls».

Sébastien.

J’aimerais faire un petit remerciement à tout ceux qui m’ont aidée à faire cette lettre collective.

Et je vous souhaite à tous de bonnes fêtes ! Pour nous ce sera au milieu de la forêt de l’ADNG...

Sydney.

 

7 décembre 2020

D'un continent à l'autre, par Maylou et Océane

 

“Oh vous m’embrayez !” nous dit Maxime. Eh oui on embraye les moteurs pour quitter la baie de Mindelo. Avant de partir pour la traversée, on fait une halte à Santa Lucia, cette belle île naturelle qui nous a bien plu à notre arrivée au Cap-Vert. On veut la montrer à Christophe, profiter d’une dernière plongée et quitter en douceur cet archipel. C’est le jeudi 19 que l’on met le cap sur la Guyane. Chaque membre de l’équipage écrit son pronostic d’arrivée. Ce jeu que nous faisons pour chaque navigation consiste à estimer la vitesse moyenne à laquelle nous avancerons grâce au vent. Cela permet, avec le nombre de milles nautiques à parcourir, de calculer le jour d’arrivée aux îles du Salut. À cela nous ajoutons le pronostic “poissons” : combien de poissons seront pêchés durant cette navigation ? Eh bien sachez que nous aurons pêché 2 gros poissons, un thazard bois et un thazard blanc long d’1 mètre 20. L’excitation sur le pont, la décapitation à la jupe et la dégustation dans nos assiettes. On ne peut pas faire plus frais !

Concernant les pronostics, c’est Maylou qui a gagné. Nous avons réalisé 1880 milles nautiques en 12 jours avec une moyenne de 6 nœuds.

Grâce à un vent portant nous avons navigué une bonne partie du temps avec les voiles en ciseaux. Voile d’avant d’un côté, grand voile de l’autre, c’est rare pour un catamaran de naviguer de cette manière. En tous cas pour nous c’est super agréable, d’autant plus pour ceux qui ont le mal de mer. Que ça soit les voiles en ciseaux ou une paire de ciseaux, les deux sont à notre avantage. Car croyez-le, en 12 jours de navigation, 3 de nos matelots ont grandi d’un an ! Et qui dit anniversaire dit cadeaux. Les cadeaux sur Grandeur Nature sont toujours fait mains, alors, de l’aiguille à coudre au marteau, le matériel de bricolage aura bien servi.

À l’aube du 21 novembre, des dauphins nous rendent visite pour fêter les 14 ans de Maxou. Taquin, un sourire en coin, il nous donne tout plein de câlins. Un thazard bois et 2 beaux gâteaux seront ses premiers cadeaux. En fin de journée, Maxime parcourt le bateau durant d’une chasse au trésor pour découvrir des bouts de canne à sucre. Ce sont nos bonbons à bord.


 

22 novembre, c’est Océ qui fête ses 10 ans de plus que Max. Et l’anniv d’Océane en plein Océan c’est quand même pas courant ! Elle a tout plein de belles attentions. Et comme la veille, ce sont Théo et Kylian qui se démènent pour cuisiner de bons gâteaux.

29 novembre, Kylian sort de la coque et tout le monde donne une voix de stentor pour une chanson personnalisée sur l’air de Santiano. On n’a pas inventé le fil à couper le beurre mais on a réussi à l’émouvoir. Le moment rigolade fut durant le goûter où nous l’avons accueilli sur le pont tous déguisés en pirate.

 


Mises à part ces journées exceptionnelles, le quotidien en navigation est bien rythmé. Déjà le soleil nous impose les horaires de coucher et celles de lever. L’horaire n’est pas tellement important car au fur et à mesure que nous avancçons, nous reculons l’heure. Et selon les personnes qui s’en chargent, on gagne une heure, soit durant le travail de tête, soit avant de manger car il y a du retard en cuisine, ou encore pendant la nuit pour avoir plus de sommeil. Mais ce n’est jamais au 4 heures pour goûter deux fois…

Le travail de tête est très aléatoire. Motivé ou ramollo, parfois esquivé, parfois intéressant, ce temps-là est bien personnalisé selon les intérêts et les capacités de chacun. Certains organisent des cours collectifs ou des exposés pour le groupe. Christophe et Maylou ont présenté l’histoire de la Guyane et de ses nombreux bagnes, tandis que Tanaé et Ben ont parlé des animaux vus et observés lors de leur dernier passage en Guyane, au voyage précédent.

En début d’après-midi c’est souvent le temps baignade, on affale la voile d’avant pour ralentir le bateau et on peut même sauter de l’étrave pour nous accrocher sous le bateau ou à l’arrière. La vitesse et la houle fluctuent. Par contre la joie dans ces moments-là est toujours présente, même Morgane a sauté de l’avant. On mélange le jeu à l’hygiène, se savonner ou sauter dans tous les cas ça mousse à l’arrière.

S’ensuit le point journalier, effectué par le navigateur quotidien qui comptabilise les nombre de milles nautiques ainsi que la vitesse moyenne parcourus en 24 heures. Autour d’un goûter, on écoute Christophe qui nous lit un livre sur les aventures d’un garçon orphelin. Une histoire bien touchante sur la déporatation des enfants anglais dans les années 1945. Entre le goûter et le repas du soir c’est souvent un temps libre, paisible, où des parties de jeux de société s’enchaînent, type échecs, backgammon, Main verte… Puis c’est généralement Maxime qui est pressé de lire les ¼ de nuit, au point de les connaître par coeur. Ainsi il nous annonce à quel moment de la nuit nous allons veiller à l’avancée, la sécurité de l’équipage et du bateau.

C’est au cours de ces journées qui se ressemblent que nous avons des surprises. On se souvient tout particulièrement de ce soir où des dauphins enjoués nous ont encerclés. C’était furtif et magique comme si nous passions à travers une représentation. Parfois ce sont des phrases entendues qui pimentent notre quotidien, du style Ewen qui crie : “Eh ben j’peux vous dire qu’une orange pourrie ça flotte!”.

Enfin, à la tombée de la nuit, nous apercevons une terre à l’horizon: les 3 îles du Salut. Ce sont d’ anciens bagnes, les constructions qui y demeurent nous font sentir toute l’histoire et les souvenirs qu’il reste de ces prisonniers français (jusqu’en 1945). Nous sommes restés deux jours au mouillage pour nous mettre à flot et visiter l’île Royale. C’était bon et doux de retrouver la terre. Nous avons rencontré des singes et des agoutis, la sociabilité des singes était impressionnante, d’ailleurs c’est une belle transition pour se ré-ouvrir vers le monde extérieur, car dans notre bulle, en plein océan, nous avons tendance à en oublier le reste du monde. Nos découvertes culinaires de ces îles (cocos et amandes) nous ont bien régalés, tout de même généreux nous avons partagé avec les singes. Sydney et Maylou gardent bien en tête leur gourmandise avec les cocos germées et les manques pas mûres. Il faut quand même que l’on vous parle de notre première arrivée sur ces îles. De nuit, après 12 jours de traversée, étonnamment nous arrivons ½ heure avant le lancement d’une fusée. Le centre spatial se trouve sur la côte guyanaise, ainsi les îles du Salut sont interdites d’accès car il peut y avoir des risques. Nous venions de lâcher l’ancre et d’éteindre les moteurs quand des gendarmes tout affolés nous demandent de quitter les lieux sur le champ. Séb, tout tranquille, leur demande: “Euh...on est vraiment obligés ?” pour essayer de négocier. On rallume les moteurs et on se dirige vers Kourou avec comme attraction le décollage d’une fusée. C’était tellement inédit et grandiose !

À présent nous sommes au mouillage à Saint-Laurent-du-Maroni, où nous faisons escale pour le mois de décembre. Beaucoup d’activités et de rencontres nous attendent, Lola nous a rejoints. Nous avons troqué l’eau bleue salée contre de l’eau douce et marron.

Maylou et Océane pour l’équipage.

 

(Les photos arriveront plus tard le scribe débordé!)